Mais comment mettre en place l’élaboration d’un doc, dans son écriture et sa réalisation, sur un sujet en plein mouvement ?

Il arrive régulièrement qu’un documentaire traite de sujets passés, arrêtés dans le temps. Il y a eu tant de documentaires sur la 2nde guerre mondiale que certains sites parodiques annonçaient le souhait d’Arte d’en vouloir une 3ème, afin de remplir ses grilles. La disponibilité d’archives, l’analyse d’historiens, et tout simplement le recul face à l’événement étudié permetttent d’appuyer la construction d’un geste documentaire. Mais comment mettre en place l’élaboration d’un doc, dans son écriture et sa réalisation, sur un sujet en plein mouvement ?

Courant 2016, VMP Films produit 40 émissions sur la thématique Street-art  pour un programme de flux. Plusieurs journées auprès de street-artistes locaux et un rdv avec FranceTV plus tard, nous nous engageons dans la production d’un doc !

Se pose alors la question de la légitimité de traiter via une thématique « créole et patrimoine » cet art de la rue provenant historiquement des lointaines artères new-yorkaises. Plutôt qu’une contrainte, ce questionnement permettra au film de trouver son angle : savoir si le street-art est assez ancré localement, c’est interroger notre capacité à s’approprier un élément extérieur au point d’en faire un pan (de mur?) de sa propre culture. Plus qu’un « street-art à La Réunion », nous questionnerons l’existence d’un « street art réunionnais ».

Il a donc fallu étudier son histoire, son cheminement, depuis son développement à l’extérieur jusqu’à son épanouissement ici. Or, si le traitement international foisonne, nous constatons rapidement que le peu de matière existante sur son volet local se contente de nous dire que « c’est joli », et va droit dans le mur quand il s’agit de chercher ce qu’il y a derrière. Cette matière, il faudra la trouver nous-même ! En faisant le choix d’articuler le film sur l’anthropologie culturelle, qui analyse l’appréhension d’un nouvel usage par quatre phases : rencontre, assimilation, acculturation et identification, nous prenons le parti d’analyser le rayonnement de la pratique dans son actualité. L’angle se portera sur ce street-art d’aujourd’hui, par la façon dont il s’exprime dans la société réunionnaise actuelle, au moment-même où nous chercherons à le capter, en résonance avec la définition éphémère de cette pratique.

Nous nous plongeons dans plusieurs mois de recherche, récoltant 28 entretiens hauts en couleurs avec différents street-artistes qu’il faudra parfois aller chercher dans une ruelle au bout de la nuit, sous des ponts, ou encore dans un orphelinat désaffecté, étant donné la nature potentiellement illégale de leur pratique. Quitte à devoir fuir le passage d’un fourgon de police, caméra à la main ! Heureusement, nos personnages récompenseront notre besoin de « faire le mur » avec eux par d’autant plus de matière, punchlines, idéaux et désaccords, qui nous permettront d’esquisser enfin le dessin de notre film.

Et si, pour écrire sur un tel sujet, il fallait simplement soi-même se mettre à suivre le mouvement ?