Dans l’imaginaire collectif de ceux qui n’y vivent pas, La Réunion est souvent réduite à sa carte postale : une île tropicale, faite de décors paradisiaques baignés de soleil. Pourtant, contrairement à ceux tournés sur l’île mais venus de l’extérieur, les films des auteurs locaux donnent moins de place à nos plages qu’ils n’en donnent aux éléments mystiques en tous genres.

La création cinématographique réunionnaise serait-elle naturellement surnaturelle ?

Force est de constater que cette hypothèse, défendue dans le documentaire Hors cadre, produit par VMP Films, n’est pas une évidence aux yeux des Réunionnais eux-mêmes, qui, s’il fallait décrire la production cinéma locale, noteraient avant tout une propension au drame. Mais dès lors qu’un œil venu d’ailleurs analyse les réalisations de l’île, le sujet revient inévitablement sur le tapis : il y aurait toujours du fantastique quelque part.

Mais qu’est-ce que ce « fantastique » d’abord ? Les définitions divergent, mais certains termes réapparaissent tout de même régulièrement : étrange, surnaturel, insolite, irrationnel, irréaliste. Dans l’idée, on parlerait d’un genre filmique traitant de ce qui ne devrait pas être là.

Et c’est alors au deuxième regard que la magie, plutôt que d’opérer, choisit de se montrer. Si ce fantastique réunionnais est avant-tout visible de l’extérieur, c’est qu’il est peut-être moins irrationnel ici. Par la multitude de ses origines, La Réunion accueille quantité de cultes et croyances plus ou moins officielles. Au-delà des multiples religions pratiquées sur place, on peut citer à la volée les offrandes pas très catholiques offertes au rougeoyant Saint-Expedit, les sachets remplis de malheurs posés à la croisée des chemins, les rues vides de monde les soirs de novembre, mois des morts, et les nombreuses histoires locales telles que l’homme-coq, la vierge noire, granmèr Kal et autres dames blanches, la nuance entre le réel et l’imaginaire y est plus ténue qu’ailleurs.

Et si ces choses-là appartiennent à la vie locale, il paraît logique d’imaginer qu’elles voyagent aussi à l’intérieur des productions cinématographiques locales.

Est-il encore question de fantastique alors ? Probablement, car si ces éléments se rencontrent dans le quotidien des Réunionnais, ils restent dans le domaine des croyances que l’on décide d’avoir, et non dans celui des vérités établies, et restent souvent liés à l’intime. Mais peut-être qu’ils expliquent cette attirance vers le surnaturel, sans en faire forcément un élément central de leurs réalisations, mais en lui donnant souvent la place qu’il occupe ici dans la vie de tous les jours, là, quelque part, dans un coin, derrière un mur, dans une forêt, ou au croisement d’une route. Moins dans l’idée brute de créer un « film de l’étrange » en tant que tel que d’utiliser ponctuellement la force symbolique du fantastique pour appuyer le propos des écritures et histoires locales.