Comment, après un confinement quasi international, les cinéastes vont-ils réussir à donner un nouveau visage au genre du huis-clos ?

Alors qu’en cette année 2020 la crise sanitaire a contraint une grande partie de la planète au confinement, le cinéma a depuis longtemps déjà fait l’expérience de l’enfermement. Comme dans la réalité, dans laquelle le confinement a permis à certains de se découvrir des talents dans la couture ou la cuisson du pain, le confinement cinématographique a montré qu’en fermant physiquement les portes, il était possible d’ouvrir pas mal de possibilités. Alors qu’il paraît évident que ce confinement sera l’un des sujets majeurs des prochaines années du cinéma international, par quels moyens les cinéastes vont-il réussir à motiver les spectateurs à s’enfermer dans une salle pendant deux heures pour voir des personnages enfermés durant ce même laps de temps ?

Pour cela, les auteurs peuvent s’inspirer des créations passées. Le huis-clos est arrivé au cinéma depuis longtemps via les adaptations théâtrales, pour lesquelles une absence de changement de décor est un avantage qui a vite trouvé une oreille attentive chez les producteurs de cinéma et leur porte-monnaie. Pour autant, ce sous-genre va au-delà d’une simple idée d’économie. On le sait : plus le héros d’une histoire est en difficulté, plus le récit est intéressant. Couplez cela au célèbre « l’enfer, c’est les autres » de Sartre, et vous comprendrez sans mal à quel point l’enfer-mement avec d’autres personnages peut être une magnifique source d’enjeux, révélateur des failles et des forces des protagonistes.

Une recette qui peut fonctionner à toutes les sauces. La claustrophobie se prête idéalement à l’horreur, à l’image d’Alien qui aurait très bien pu modifier légèrement sa tagline pour « dans le -manque- d’espace, personne ne vous entend crier » . Parce qu’être enfermé est une chose, mais qu’être enfermé avec un monstre (psychopathe, diable, ou belle-mère) ajoute encore du piment.

Le huis-clos est aussi pratique dès qu’il s’agit de mener l’enquête, puisqu’il impose le fait que tout doit être là. Comme il offre un fort potentiel comique à partir du moment où il contraint plusieurs personnes, à priori incompatibles, à devoir se supporter le temps d’un dîner (de cons si possible) par exemple.

Un lieu restreint n’empêchant pas les explosions, le huis-clos peut s’appuyer sur le sentiment d’urgence pour s’épanouir dans l’action, optant parfois même pour une prison mobile, telle un bus, un bateau, ou un train (qu’il transporte de la dynamite ou qu’il transperce la neige). Quand au drame, il s’y épanouit volontiers, entre enfermement physique et isolement psychologique, devant les caméras de grands tels que Lumet ou Hitchcock.

Tout cela pour dire que le huis-clos peut s’exprimer de nombreuses façons, dans une grande diversité d’esthétiques et de gestes cinématographiques. La manière dont le récent confinement sera traité par les cinéastes de tous bords ne saura trouver d’excuse pour justifier un manque d’originalité ou de créativité artistique.

Et si le confinement n’était qu’un défi dans notre capacité à ouvrir, cette fois, le champ des possibles ?