Les plate-formes SVOD ont depuis quelques années révolutionné le mode de consommation des films. Au point où leur locomotive, Netflix, est entrée dans le langage courant, parfois comme un simple verbe. De quoi créer une relation complexe avec le cinéma « classique », qui ne compte pas rester calé dans son fauteuil face à ce concurrent qui pousse le public à y rester.

La maison cinéma est-elle assez grande pour se projeter à la fois en salle et au salon ?

Loueur de DVDs à ses débuts, Netflix voit dans l’arrivée de connexions internet suffisamment rapides la possibilité d’effectuer ses livraisons directement sur les écrans de ses clients. Les gros studios y décèlent d’abord une aubaine : la plate-forme offre un espace de vie à leurs films sortis du réseau de diffusion, tandis que Netflix y gagne un catalogue renforcé. Alors, quand est-ce que ça se complique ?

A la manière du moment où, dans sa série phare House of Cards, la première dame va elle aussi revendiquer la présidence, Netflix va affirmer à son tour sa volonté de faire son cinéma.

Le collaborateur devient concurrent, et évidemment, ça ne plaît pas à Hollywood. Les critiques se multiplient, sur la qualité des productions Netflix, mais aussi sur ce mode de consommation qui éloignerait les spectateurs des salles. D’autant plus problématique en France où la taxe sur les tickets participe aux fonds d’aide à la production.

Mais si Netflix fonctionne, c’est grâce à d’indéniables qualités : l’abonnement mensuel moyen coute une dizaine d’euros, soit le prix d’une place en salle, et donne accès à une certaine liberté : visionner un film sur sa tv, son téléphone, en extérieur, dans la temporalité de son choix.

Alors que plusieurs personnalités prennent position contre la plate-forme, et que certains festivals lui ferment leurs portes (ou la tolère sans compétition), Netflix choisit l’apaisement. Elle affirme le désir de qualité en recrutant quelques noms (Cuaron, Scorsese, les Coen,…), et achète des salles pour y diffuser ses films, se conformant ainsi aux règles festivalières. En France, un accord avec le gouvernement assure un soutien important aux productions nationales. Les nombreuses nominations et récompenses obtenues depuis prouvent une certaine tendance à l’accalmie. Mais la crise sanitaire va chambouler ce fragile équilibre.

Le confinement porte un coup violent aux salles. A l’immense perte financière s’ajoutent la fermeture des salles plus fragiles, la pause dans l’investissement matériel, le décalage des planning de production, alors que Netflix et ses amis (Disney+, Amazon, etc) battent des records d’audience et ancrent plus encore leur mode de consommation.

Le cinéma classique peut-il sortir de cette crise ? Il est peut-être temps de remettre l’accent sur l’ « expérience ciné ». C’est en réfléchissant mieux au confort des salles, à l’alimentation, à la technologie, aux coûts, comme à l’animation (autrefois, l’avant film donnait place aux informations, spectacles, courts métrages) que le spectateur acceptera de casser ses nouvelles habitudes.

Et si on se rappelait que, pour beaucoup, le film lui-même n’est qu’une partie de la sortie au cinéma ?