La famille fait partie des thèmes les plus largement représentés dans la création filmique, s’exprimant dans tous les genres confondus de la production cinématographique comme de la TV, du drame à l’horreur, en passant par la comédie. Un engouement justifié par un constat simple : cette famille officie comme sujet universel par excellence, tout en permettant aux auteurs de créer quantités de narrations possibles et imaginables. Mais alors, quand la fiction parle de famille, de quoi parle-t-elle réellement ?

Par définition, la matière familiale traite de la relation, puisqu’elle se définit par le groupe et le rapport à l’autre. Elle implique tout un panel d’émotions avec lesquelles auteurs et réalisateurs n’ont plus qu’à jouer pour provoquer l’adhésion du spectateur, qui retrouvera à l’écran des questionnements de son quotidien. Il se reconnaît, lui ou ses proches, dans l’histoire qui lui est présentée, et prend position, s’identifiant à ce père courage ou craignant cette horrible belle-mère. Contrairement aux sujets plus abstraits, la famille est pratiquée (parfois par l’absence) par les spectateurs du film. En ce sens, l’auteur s’adresse à des « experts », qui n’en seront que plus enclins à donner leur avis.

La multiplicité des liens familiaux abordables dans un scénario permet d’installer un véritable échiquier narratif, chaque mouvement impliquant une foule de répercussions sur le reste du plateau, au grand plaisir des réalisateurs. Ainsi, un conflit parental impactera l’enfant, un décès dans le foyer remuera ceux qui restent, une violence intérieure créera la division, quand celle venue d’en dehors soudera les uns aux autres.

Ces relations croisées entre personnages offrent un potentiel dramatique infini, tant un même événement peut correspondre à une ribambelle d’histoires en déplaçant simplement le point de vue d’un personnage à l’autre. Ainsi, le long-métrage Kramer contre Kramer va positionner sa caméra dans le regard d’un père luttant pour conserver son fils à ses côtés après le départ de sa femme, quand Jusqu’à la garde tentera de nous donner accès au regard du garçon pris dans la bataille entre ses parents, alors que le Ladybird du réalisateur Ken Loach nous fait vivre le combat d’une mère que la justice prive de ses enfants. Le fameux E.T. traite d’ailleurs autant d’une nouvelle façon de faire du vélo que d’un garçon subissant un divorce.

Un même concept peut trouver une inépuisable quantité d’expressions selon le genre, tout simplement car cette idée de famille distribue naturellement toute une série de moments : joies, sérieux, tristesses, échecs, réussites, colères, amour. Parler de ce noyau, c’est parler de la société toute entière, de cette représentation familiale présente partout mais qui n’est en réalité la même pour personne. Qui évolue avec l’actualité, offrant autant de nouvelles opportunités de scénario et de réalisation. Cette famille tire là toute sa cinématographie, en tant qu’entité vivante se heurtant aux arrivées et aux départs, aux décès et aux naissances, se compose et décompose, abreuvant abondement les désirs scénaristiques.