Les premières scènes d’une fiction, phases de calme avant la tempête, endossent la responsabilité de présenter les personnages au spectateur. Pourtant, ce moment d’installation, durant lequel le héros n’est pas encore confronté au conflit, n’est-il pas celui qui produit le moins d’informations sur ce qu’est sa véritable identité ? Comment définir un protagoniste, si ce n’est par ses choix ?

Le héros est un personnage que le spectateur doit trouver suffisamment intéressant et touchant pour adhérer à son histoire. Or, le public passe généralement moins de deux heures en sa compagnie. Comment, dans le laps de temps d’un court ou d’un long métrage, réussir à présenter suffisamment d’éléments sur ce protagoniste pour créer cette adhésion ? L’une des clés pour y parvenir consiste à confronter ce personnage à un choix cornélien.

Dans le processus de création d’un personnage, McKee distingue dans l’écriture du script  « caractère » et « caractérisation ». Cette dernière est la somme de toutes les qualités observables : âge, sexe, QI, voiture, habits, métier,… ce que l’on noterait si une caméra suivait ce personnage dans son quotidien.

Alors que le caractère est la révélation de la nature profonde d’un personnage, révélée dans les choix qu’il fait sous pression. Il s’agit de déterminer, sous la surface de la caractérisation, qui est cette personne. Car cette idée de pression tient un rôle essentiel dans le développement d’un film, puisque ce sont les pressions successives qui font les pivots de l’histoire et de l’évolution du héros.

D’où l’importance de le pousser à devoir faire des choix forts, qui lui coûtent quelque chose. André Gide disait : « Choisir, c’est renoncer». Si le personnage dit la vérité dans un moment où mentir ne lui apporterait rien, ce moment ne dit rien du héros. Mais s’il dit la vérité à un moment où mentir lui sauverait la vie, le spectateur réalise alors qu’il a affaire à un personnage profondément honnête et fiable. Aussi, plus l’évolution du personnage se fait par la révélation d’un caractère fort face à un choix, et plus le scénario a des chances d’être de qualité.

C’est pourquoi il est nécessaire que le héros ait un choix à faire, et il doit être puni par ce choix, en subir les conséquences. Chacune des possibilités de son choix doit lui apporter, mais, surtout, lui faire perdre quelque chose. Ce choix va le torturer, et la fiction, cinéma comme TV, aime les héros torturés (non, rien à voir avec 50 nuances).

Afin de jouer avec cette question de choix, il peut être pertinent pour l’auteur d’enlever au héros  le droit de faire quelque chose : boire, aimer, etc. Batman a beau distribuer les coups, il s’interdit néanmoins de tuer, cela l’écarterait de son idée de justice. Mais s’en donner le droit pourrait pourtant lui rendre service, et il est donc intéressant que l’histoire le mette en difficulté là-dessus.