Si la production cinématographique fait la part belle aux héros posés au cœur de l’histoire et porteurs de celle-ci, de plus en plus de fictions font la proposition d’un nouveau regard. Cantonnés au rôle de faire-valoir pendant bien longtemps, ceux qui côtoient celui qui agit deviennent progressivement ceux que la caméra nous montre. Comment expliquer la croissante mise en lumière dans les histoires de ces personnages habituellement laissés dans l’ombre ?

Dans ces courts comme ses longs métrages, le cinéma est constellé de protagonistes proactifs, capables de prendre leur destin en main et la tête d’une révolte, de conquérir un pays ou l’être aimé, ou de renverser, plus ou moins littéralement, des montagnes, comme la flopée de super-héros pullulant en salle ou à la TV.

Pour autant, une modification du prisme semble gagner en représentativité dans les scénarios : celui qui agit, gentil ou méchant, laisse progressivement un peu de place à celui qui subit ses agissements, qu’il soit à ses côtés ou dans le camp opposé.

Certes, il est possible de trouver d’en trouver des exemples dans des réalisations parfois anciennes, mais cette tendance semble prendre de l’ampleur dans les productions cinématographiques récentes.

Surtout, il y a un vrai changement dans l’écriture de ce personnage autrefois vu comme annexe. Au lieu de simplement permettre de mieux contempler le « vrai » héros via un acolyte accompagnant le spectateur aux premières loges, à la manière d’un Watson nous ouvrant au monde Sherlockien, les auteurs et réalisateurs s’intéressent aujourd’hui à celui qui regarde, qui subit, et à ce qu’il ressent dans cette position. Si un tel personnage pourrait, mal utilisé, s’exprimer de façon plate et ennuyeuse, il offre aussi, dans le cas d’une écriture plus habile, l’opportunité d’incarner des évolutions différentes, inhabituelles à l’écran.

Alors, s’agit-il d’une pirouette des auteurs face à la surexploitation des ficelles habituelles ? Car ce nouveau prisme possède un atout non négligeable : réutiliser des histoires préexistantes en décalant simplement le cadre de la caméra. Cet avantage peut difficilement être envisagé comme la seule explication à ce désir de nouveaux regards.


C’est peut-être dans l’actualité qu’il faut pousser l’analyse.

Plusieurs questions sociétales s’expriment au niveau international. La place des minorités de sexe, de couleur, de religion, est au cœur des débats. Progressivement, ceux qui ne sont pas les dominants, ceux qui subissent les agissements des gens au pouvoir, obtiennent le droit à la parole.

De plus, dans une société où tout possesseur de smartphone peut développer un film, ce rôle de regardeur peut-être un moyen d’identifier le spectateur.

Qui sait si le confinement, dans sa contrainte d’actions, ne va pas amplifier encore le phénomène ? Sans parler de l’influence des séries, qui ont l’habitude de confier des passages entiers de leurs scénarios à leurs personnages secondaires. Voire leur consacrer leurs propres séries.